Tres Esquinas
Enrique Cadícamo
Trois Coins
Je viens du quartier des trois coins,
Ancien bastion d'un faubourg
Où fleurissent comme des glycines
Les jolies filles en tablier.
Où dans la nuit douce et sereine
Son ancien parfum se répand,
Et sous le ciel de pleine lune
Dorment les chariots du hangar.
Je suis de ce quartier modeste,
Je suis le tango sentimental.
Je viens de ce coin qui boit du maté
Sous l'ombre que donne la treille.
Dans ses coins, j'ai traîné en jeune,
J'ai jeté le couteau pour un amour fou,
J'ai brûlé dans les yeux d'une malfrat
La passion ardente de mon désir.
Rien n'est plus beau ni plus complice
Que mon faubourg bavard,
Avec les potins des commères
Et les compliments du dragueur.
Vieille banlieue qui fut le symbole
De mes audaces de jeunesse...
Je viens du quartier qui vit à part
Dans ce siècle de néo-luxe.