El Ciruja
Edmundo Rivero
Le Ciruja
Comme avec colère, et en traînant
D'un œil sur le côté,
Ses pas il a dirigés
Droit vers le bidonville.
Il est porté par un pressentiment
Que, dans ce petit enclos,
Il n'existe plus le petit coin
Qui fut son seul idéal.
Il se souvenait de ces heures de fête
Quand il passait son temps sans boulot,
À piquer des trucs, il filait des coups
Et sur les ânes il se faisait plaisir ;
Quand il n'était pas trop emmerdé par les flics,
Il lançait sans avoir de souci,
Une fille lui chantait tout le vent
Et il jouait avec sa passion.
C'était une mosaïque de feu
Qui jouait de la flamme,
Fille d'une guérisseuse,
Voleuse de profession ;
Mais elle vivait enflée
D'un petit caïd de quartier
Et lui passait le fric
Qu'elle tirait du gros dur.
Face à face, montrant du courage,
Les deux durs se sont battus dans le bas,
Et le ciruja, qui était malin pour le coup,
Au caïd il a fait payer cher son amour.
Aujourd'hui, déjà libre de la cage et sans la fille,
Guettant un peu de soleil dans la rue,
Il pense un moment à l'amour de sa flamme
Et sanglote dans sa douleur.