Insomnio
Carlos Gardel
Insomnie
C'est la nuit, le vent souffle en grognant
Qui plie les saules presque jusqu'au sol
Au fond sombre de ma vieille cabane
Allongé, sur le lit que j'ai fait de cordes
Je supporte les heures qui doivent m'apporter le sommeil
Et les heures passent et je ne m'endors pas
Ni ne dort sur la côte du bain le tero
Qui parfois crie je ne sais quel lament
Que le chacal répète d'un peu plus loin
Putain, que les heures d'hiver sont longues !
À travers le verre trouble du souvenir
Mes années de jeunesse passent très lentement
Et après quel plaisir si je les revis
En pensant à celles d'aujourd'hui je ne sais pas ce que je ressens
Veaux sans cornes, juments sans grelot
Poulains qu'on dresse à la force du licol
Des enclos qui ont tué les luxes campagnards
Gauchos qui ne connaissent ni bandeau ni culotte
Patrons qui vont aux rodéos en voiture
Putain, que les nuits d'hiver sont longues !
La porte de la cabane tremble parce que le chien
Frissonne contre elle de froid et de peur
Tout est gelé dehors, tout est froid dedans
Et les heures passent et je ne m'endors pas
Et pour empirer, au fond de mes pensées
Brillent deux yeux de voleur allumés
Que je poursuis au nœud pour me brûler en eux
Ce sont les yeux sorciers que je ne peux oublier
Parce qu'ils m'ont volé le sommeil pour toujours
Putain, que les heures d'hiver sont longues !