Lamento borincano
Victor Jara
Lamento borincano
Sale fou de bonheur
avec son chargement
pour la ville, ouais,
pour la ville.
Il porte, dans son esprit
un monde entier
plein de bonheur, ouais,
de bonheur.
Il pense à remédier à la situation
de son foyer qui est toute son illusion.
Et joyeux, le jibarito va
chantant ainsi,
disant ainsi,
rire ainsi, sur le chemin :
"Si je vends la cargaison
mon dieu chéri
un costume pour ma vieille
je vais acheter".
Et joyeuse aussi sa mule va
sentant que ce chant
est tout un hymne de joie.
À ce moment, ils sont surpris
par la lumière du jour,
et arrivent au marché de la ville.
La matinée passe entière
sans que personne ne veuille
acheter sa cargaison, ah,
sa cargaison.
Tout, tout est désert
le village est mort
de besoin, ouais,
de besoin.
On entend les lamentations partout
de la malheureuse Borinquén, ouais.
Et triste le jibarito va
chantant ainsi,
pleurant ainsi,
disant ainsi sur le chemin :
"Que va-t-il advenir de Borinquén
mon dieu chéri.
Que va-t-il advenir de mes enfants
et de mon foyer".
Borinquén, la terre de l'éden
celle que chantait le grand Gautier
appelée la perle des mers,
maintenant que tu meurs
avec tes peines
laisse-moi te chanter
moi aussi.