Galpon de Ayer
José Larralde
Le Galpon d'Hier
Cette milonga me rappelle des souvenirs
De ces époques où on fêtait la fin des récoltes
À Noël et au Nouvel An
Comme il y avait peu de fric, on en profitait aussi
Pour fêter l'anniversaire de mamie
Le mariage de l'un ou le baptême
Et ces fêtes duraient des semaines entières par là
Jusqu'à ce qu'on n'ait plus de vin rouge
De la farine pour faire des empanadas
Ou jusqu'à ce qu'un gaucho se retrouve à se tenir les tripes
Avec le poncho sur le côté de l'hôpital
De beaux temps ceux-là
Des temps de travail acharné
Temps de milonga
D'accordéons
De phonographe qu'il fallait remonter avec le doigt sur le disque
De soleil de nuit, de vieux galpones
C'est pourquoi j'ai écrit cette milonga un jour
Dédiée à ces temps, à ces hommes
Qui d'une certaine manière aussi
Ont laissé une empreinte dans ma vie
Fête de folie et de joie
Mi-candombe, mi-milonga
La marchande de légumes râle et les femmes
Dans la villalonga, se plaignent parce que la vieille
Leur conseille de ne pas s'exposer
Aux avances des paysans
Et aux commérages des autres
Un vieux qui crache au sol
N'a pas le temps de donner des conseils
Et accroché à une tige
Il boit de la giniebra, dur et régulier
La grosse qui fait des empanadas
Est en colère parce que son vieux
Est toujours en train de lui faire des passes
Pour la réunion avec Santillán
Milonga sauvage, galpon d'hier
Odeur de cuir, couteau féroce qui a soif
Vêtements pauvres, ceinture lourde
Jeu de cartes et os et une prière pour un finado
Milonga sauvage, j'étais aussi
Chardon et herbe, des rives de ce temps-là
La récolte a été bonne
Quarante sacs et des vieux
Les gens traînent avec des guitares
Et noient dans la fête peines et plaintes
La giniebra donne confiance
Et sur la balance, on ne pèse plus
Ni la misère, ni la pauvreté
Ni la tristesse qui est passée
Donne du vent à l'accordéon
Chante un vers pour la patronne
Lâche un peu, noir, ne pousse pas
Car ce qui craque ne se plie pas
L'orange sur le brasero
Couvre le cochon, avec l'arôme
Tandis que le soleil sur la colline
Se prend ce qui reste
Milonga sauvage, galpon d'hier
Odeur de cuir, couteau féroce qui a soif
Vêtements pauvres, ceinture lourde
Jeu de cartes et os et une prière pour un finado
Milonga sauvage, j'étais aussi
Chardon et herbe, des rives de ce temps-là
Chardon et herbe, des rives de ce temps-là
De ce temps-là
De ce temps-là