A Don Nicanor Paredes
Jorge Luis Borges
À Don Nicanor Paredes
Venez un accord et maintenant,
avec votre permission,
je chante, messieurs,
à Don Nicanor Paredes.
Je ne l'ai pas vu rigide et mort.
Je ne l'ai même pas vu malade.
Je le vois d'un pas assuré
arpenter son domaine, Palermo.
La moustache un peu grise,
mais dans les yeux l'éclat,
et près du cœur
le petit paquet du couteau.
Le couteau de cette mort
qu'il n'aimait pas
aborder... Une malchance
avec des jeux ou des dés.
(Récité)
Plutôt un chef de cour,
s'il ne me trompe pas,
à l'époque des temps durs
vers mille huit cent quatre-vingt.
S'il y avait un grabuge
parmi les gens de la lame,
il le calmait d'un coup,
d'un cri ou avec le talero.
Maintenant il est mort et avec lui
combien de souvenirs s'éteignent
de ce Palermo perdu
du terrain vague et de la dague.
Maintenant il est mort et je me dis :
- Que ferez-vous, Don Nicanor,
dans un ciel sans chevaux,
sans vin, sans réplique et sans fleurs!