La canción quiere
Alfredo Zitarrosa
La chanson veut
(Milonga)
Fruit mûr
de l'arbre du Peuple,
ma chanson
se bat toujours.
Elle peut mourir,
mais elle veut
chanter seulement pour la Vie,
qui ne l'oublie pas.
Elle n'a pas peur de la balle,
ni de la bombe,
ni de l'enfer,
cante "pouvant".
Elle porte dans ses mains des blessures
une fleur avec une épine,
eau et farine.
Chanson du Peuple qui aime,
elle chante aussi pour l'argent
comme un ouvrier.
Ombre de Gancio et de Mora,
de Fernández, de Mendiola,
elle ne chante pas seule.
Elle veut être fleur
et se referme
comme un poing ;
qu'on la protège,
c'est ce qu'elle me demande.
Elle évoque la chair trouée
de la Vie la plus aimée,
la désarmée.*
Fruit mûr
de l'arbre du Peuple,
ma chanson
se bat toujours.
Elle veut être fleur
et se referme comme un poing ;
qu'on la protège, c'est ce qu'elle me demande !
* Dans la première version de cette chanson, de 1972, un texte superposé, dans la voix de Zitarrosa, dit :
"À Arbel, à Líber, à Hugo, à Susana, à Recalde, à Nieto, à Espósito, à Gutiérrez, à Abreu, Cervelli, López et González ; ouvriers et étudiants, martyrs du peuple, unis pour toujours, et unis plus que jamais dans nos cœurs".
(Le texte présenté est une transcription fidèle de ce qui a été publié dans l'insertion du disque Textes politiques, de 1980)